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Entretien avec le Dr Adama COULIBALY - General Director, Conseil du Coton et de l'Anacarde (CCA)
02.01.2021

Entretien avec le Dr Adama COULIBALY - General Director, Conseil du Coton et de l'Anacarde (CCA)

Depuis les réformes de 2013, la Côte d'Ivoire a systématiquement fait des efforts positifs dans le secteur de la noix de cajou. Veuillez nous faire part de vos principaux efforts qui ont permis d'améliorer la production, la commercialisation et la transformation de la noix de cajou et de ses produits dérivés.

La volonté politique de l’Etat de Côte d’Ivoire de transformer structurellement les filières à fort potentiel a permis d’obtenir les principaux résultats que nous avons. Les principaux efforts consentis sont les suivants : (i) la mise en place d’un dispositif permanent d’appui-conseil aux producteurs ;(ii) la mise à disposition de sacs en jute adaptés à la préservation de la qualité au niveau des producteurs et des exportateurs ; (iii) la relance de la recherche avec la mise à disposition de matériel à haut rendement et des techniques de réhabilitations des vieux vergers ; (iv) l’assainissement du système de commercialisation à travers un agrément des acteurs et un système de traçabilité des flux physiques de produits et de contrôle des prix ; (v) la mise en place de mécanismes et de mesures visant à favoriser l’investissement privés et l’installation d’unités de transformation.

Quels sont les principaux enseignements tirés depuis 2013 ?

Le développement de filière passe par une volonté politique. De plus, une synergie des différentes actions menées au profit des acteurs notamment les producteurs peut permettre d’optimiser l’utilisation des ressources.

Quels en ont été les impacts dans l’industrie du cajou ?

  • Une amélioration des revenus des producteurs avec 300 à 500 Milliards qui leur sont distribués chaque année contre 222 Milliards en 2014.
  • La création de nombreux emplois avec plus de 400 000 producteurs et près 2 500 000 bénéficiaires indirects. Un accroissement de la production avec près de 900 000 Tonnes.
  • Aussi, l’on note une amélioration de la qualité du produit avec des taux d’humidité inférieur à 10%. Par ailleurs, l’on enregistre plus de 23 unités opérationnelles avec une capacité installée de 295 000 Tonnes en 2020. Une dizaine d’unités est en construction et rentrera en activité en 2021 avec une capacité additionnelle de 166 000 Tonnes.

    Pourriez-vous nous dire 3 choses que vous feriez différemment aujourd'hui si vous en aviez l'occasion (concernant la transformation et la commercialisation des noix de cajou) ?

     i.            Inciter à une plus grande implication directe de l’État dans la transformation locale des noix de cajou

       ii.            Accentuer les efforts sur la création de technologies locales de transformation des noix de cajou

     iii.            Créer un label ou une marque made in Côte d’ivoire ;

De votre point de vue, quelle peut être la raison de la faible consommation du cajou en Afrique ?

L’amande de cajou est un produit méconnu et ne fait pas partie de l’habitude alimentaire des africains. Le prix du produit est élevé et semble être réservé à une classe sociale. De plus, du point de vue sociologique, des préjugés anciens sur la nocivité de la consommation des produits du cajou sont encore à effacer de l’esprit des populations.

Le CCA est activement engagée dans la promotion de la consommation et du marketing de la noix de cajou et de ses produits dérivés. Pourriez-vous nous faire part de votre expérience en tant qu'exemple pour d'autres pays ?

Nous avons mis en place une plateforme des artisans des produits dérivés et nous faisons la promotion à travers les forums nationaux et internationaux. A l’occasion de foires, nous louons un espace pour les fabricants de produits dérivés.

Connaissez-vous des politiques qui peuvent inspirer/encourager une augmentation de la consommation locales du cajou et de ses produits dérivés ?

Il va falloir communiquer sur les propriétés de l’amande ainsi que ses bienfaits pour la santé notamment l’absence de cholestérol, substitut parfait pour les consommateurs d’arachide et bien d’autres types de consommateurs, dont les végétaliens et végétariens.

La Côte d'Ivoire est un modèle, lorsqu'il s'agit d'encourager la transformation, la commercialisation et la consommation locales. Veuillez partager avec nous quelques expériences clés ?

Le Secret de la Côte d’Ivoire réside essentiellement la volonté politique et le travail acharné des acteurs depuis le bord champs jusqu’à l’exportation des produits brutes et des produits finis.

En ce qui concerne l'impact de vos efforts consentis, qu'est-ce qui manque jusqu'à présent ou qu'est-ce qui doit être instauré ?

Nos efforts ont permis d’assainir le marché et l’environnement des affaires à travers des produits et conditions adaptés à tous types d’investisseurs privés avec des capitaux nationaux ou non. Ce qui doit être fait, c’est une parfaite collaboration entre les pays producteurs afin d’aligner certaines politiques agricoles et maitriser les volumes de production ainsi que les prix.

Selon vous, quel est le rôle du secteur privé, la recherche et des partenaires au développement dans la promotion de la consommation de noix de cajou et ses produits dérivés ?

Je reste convaincu que le secteur privé doit jouer un rôle important dans la promotion des produits dérivés à base d’anacarde. Il s’agira de les impliquer davantage afin que ces produits s’invitent progressivement dans nos habitudes alimentaires. A titre d’exemple, on peut imaginer que dans les hôtels et restaurants les amandes de cajou remplacent un certain nombre de fruits secs dont la plupart sont importés.

Que pensez-vous de la communication/échange de connaissances à l’échelle mondiale sur les bienfaits du cajou pour la santé ? Dans quelle mesure cela affecte-t-il la dynamique du marché ?

Ces échanges sont si importants que nous ne ménageons aucun effort pour favoriser la tenue d’ateliers et salons visant à présenter les bienfaits de l’anacarde. A cet effet, nous organisons tous les deux ans le Salon International des Equipements et Technologies de Transformation de l’Anacarde (SIETTA) pour la valorisation des technologies de transformation et la valorisation des produits dérivés. Au niveau de la recherche, nous organisons le Colloque International d'Echanges Scientifiques sur l'Anacarde (CIESA) en vue de favoriser les échanges scientifiques et le transfert des acquis transférables vers la vulgarisation.

Avez-vous autre chose à ajouter ou un dernier mot à l’endroit des lecteurs ?

Nous remercions les acteurs de la chaine de valeur dont nos valeureux producteurs pour tous les efforts consentis au développement de la filière. Je lance un vibrant appel aux investisseurs privés nationaux et internationaux en vue d’investir dans une filière rentable en faveur de laquelle l’État a pris de nombreuses mesures financières, fiscales et juridiques dans le but de faciliter leur implantation. Je souhaite enfin que le Conseil International Consultatif du Cajou joue effectivement un rôle important dans la vie de la filière au plan de la coopération internationale.